Focus RALAMAX PROD
L'association Ralamax Prod se spécialise dans le cinéma "libre". Structure de production et de distribution, elle a pour éthique la création collective et la libre diffusion.
Pour visualiser directement les productions et distributions de Ralamax Prod : http://vod.ralamax.net Les sites des films : http://www.ralamax.net/article.php3?id_article=350 |
Joseph Paris Acteur / réalisateur. Vice président de Ralamax Prod.
Enguerran Deraedt Réalisateur / cadreur. Membre du CA et directeur du comité de lecture.
- Ralamax prod c'est quoi ?
(JP) - Ralamax Prod c'est une association et une boite de production. On fait de la production et de la distribution, avec pour éthique la création collective et la libre diffusion. On réalise et on distribue des films sur Internet sous licences libres (à savoir Creative Commons ou la Licence Art Libre, par exemple) ce qui donne aux internautes le droit de télécharger, copier et redistribuer, et dans certains cas, pour certaines licences, de le modifier, et du coup de créer des oeuvres dérivées à partir de ça.
- Vous avez une volonté de laisser les oeuvres accessibles ?
(JP) - Il y a plusieurs axes ; d'abord, éthique : sur une considération de l'art qu'on a en général et qui consiste à ne pas enfermer l'art dans des architectures trop rigides (genre le droit d'auteur tel qu'il existe aujourd'hui, qui permet peu de choses, et qui creuse un fossé automatique entre l'artiste et le public.Et puis c'est aussi s'inscrire dans une tendance ; par rapport au téléchargement illégal c'est indiscutable que c'est aujourd'hui une pratique qui est completement quotidienne pour des millions de gens ; contrairement à ce que disent certains nous on pense que c'est une pratique qui peut servir les artistes, et non pas leur nuire. Donc c'est pour ça qu'on va dans le sens de ce qui se fait, les gens téléchargent donc on offre les films, et on essaie de trouver des combinaisons pour que ça puisse servir les artistes.
- L'association Ralamax existe depuis quand ?
(ED) - L'association est née en février 2006, Joseph a réalisé avec Yvan le premier long métrage français sous licence libre, qui s'apelle Le Bal des Innocents. Il est sorti en avant première le 29 juin 2006... C'était la veille du jour de l'adoption de la loi DAVDSI*
- Vous avez fait exprès de le sortir ce jour-là ou pas ?
(JP) - Plus ou moins ! On savait que la loi allait sortir et on envisageait de sortir le film à peu près dans les même temps. Quand on est allé à la MJC Montplaisir pour demander la salle, elle était disponible que le 29 juin...
- Dès le départ c'était quoi vos objectifs pour l'association ?
(JP) - Ca part d'une anecdote, on avait fait un film un après-midi ou on se faisait chier, et on a cherché à le mettre sur internet et du coup on s'est demandé s'il y avait des contrats de distribution tout prêts qui permettaient de distribuer sur internet. Et on est tombé sur les licences Art Libre. Et donc on a distribuer sous cette licence là,et après on a signé Ralamax Prod, et ensuite on a eu d'autres idées de films et tout ça, au bout d'un moment la position se précise. On cherche encore à préciser les choses mais on est en recherche... C'est le début d'une histoire, c'est le début d'un mouvement ; de même dans la musique ou dans le logiciel (libres) : c'est le début pour tout le monde.
- Comment vous choisissez les licences libres ?
(ED) - C'est au cas par cas, selon les films et selon ce qu'on veut faire. Parce que la Licence Art Libre c'est celle qui permet vraiment tout. Et on n'est pas contre l'utilisation commerciale de nos oeuvres, etc.! Après c'est le rapport avec notre public... l'idée d'avoir le film gratuitement : on lui offre, ça c'est le plus important.
- Vous êtes combien à etre actifs dans l'association ?
(JP) - C'est un peu délicat en ce moment parce qu'on envisage de se monter en société. Pour obtenir par exemple des aides du CNC, il faut etre Société de production, et...
(ED) - Pour sortir un vrai film en salle, et pour etre une vrai société de production, il nous faut 45 000 euros de capital. Pour pouvoir distribuer et produire des films. Donc pour pouvoir avoir ces aides (du CNC) il faut déjà être riche au départ...! Mais on espère qu'on va arriver à monter ça. Si on a les aides du CNC ça nous permet d'avoir un visa d'exploitation, donc là on peut distribuer dans toutes les salles, après il faut trouver un bon distributeur, qui puisse nous amener sur les exploitants de salles.
- Vous allez continuer dans le meme esprit ?
(ED) - Oui, bien sûr !
(JP) - Parmi les gens de l'association, un groupe s'est isolé pour monter la boite. On va essayer de garder l'association aussi, la relancer.
(ED) - Notre but final c'est de faire une fédération qui s'étendrait sur toute la France. Les associations serviraient un peu d'ateliers, et qui permettraient de mettre des films sur internet et que les jeunes artistes émergent au grand jour. C'est important.
- Vous avez du matériel, vous louez, vous faites comment ?
(ED) - On loue pas, on ne sort quasimment pas d'argent, mais on a des contacts, disons. Moi de part ma formation j'ai connu beaucoup de gens, des techniciens, qui ont leur propre matériel... Oui c'est une forme d'entraide, parce que on leur promet quelquechose si le projet abouti.
- Vos dernières actions et créations ?
(ED) - On va sortir sur internet un documentaire qui s'apelle A Story of Healing**, (...) on va le distribuer, en français. A travers ça nous on veut encourager la donation.
(JP) - C'est aussi le principe de la culture libre : y'a pas mal d'artistes dans a musique par exemple qui ont finacés leurs albums grace aux dons des internautes ; et donc c'est quelquechose qui peut s'appliquer à la fois aux artistes et à la fois à l'humanitaire, dans le cas de ce documentaire par exemple. C'est un autre rapport, ou l'oeuvre est accessible gratuitement, on ne la vend pas donc, mais en contrepartie si vous l'avez aimé et que vous souaitez qu'il y ait un prochain album, et bien faites un don ! Ou venez à nos concerts ou évènements, etc. Nous on espère que les gens vont venir en salles quand il va sortir en salles, mais je pense que c'est pas incompatible parce que déjà, c'est pas le même public, c'est pas la même démarche... Quand tu télécharges tu fais une demande, tu sais déjà ce que tu veux, c'est différent...
- Et vos productions...?
(ED) - Pour les productions, la dernière c'était Bordel 2.O, le film de Joseph, expérimental avec du texte.(...) On a un projet de production de court-métrage, dont le tournage serait fin aout 2007 et la sortie prévue vers octobre-novembre. Ca sera un court-métrage "professionnel" entre guillements car tout le monde va être rémunéré, etc. On cherche des financements. Du mécénat, du sponsoring...
On a un projet de long métrage collaboratif : Varsovie Express.
Varsovie Express c'est un film collaboratif : on a le scénario de départ, et un site va etre ouvert (varsovie-express.com) où il y a le scénario en toute transparence , une séquence va sortir toutes les semaines ou tous les mois. En ce qui concerne la bande originale, il y aura des groupes de musique libre qui pourrront proposer leurs morceaux, ou qui pourront poser une ligne de guitare ou de batterie et qui pourront composer avec d'autres gens par internet ; et cette plate-forme là de développement pour la musique ça sera Boxson qui la gèrera (plate-forme de musique libre grenobloise). On va essayer de donner le plus d'indices possibles pour qu'ils puissent faire des musiques appropriées au film ; les musiques doivent se faire en meme temps que le film car si on les demande après ça prendra trop de temps. Donc on va leur donner tous les indices avant. On va faire faire un story-board par un dessinateur et on va tout mettre sur le site, vraiment tout, au fur et à mesure. Nous on donne la direction artistique.
(JP) - Et ça sera tout filmé aussi...Tout est filmé et accessible sur le site, meme le tournage, les gens, les artistes et d'autres, doivent pouvoir assister au tournage. En temps réel : on filme ce qu'on fait et on le met en ligne, pour donner plus d'indications, pour que les internautes suivent la vie du truc, pour qu'ils sentent qu'ils le font avec nous ; parce que c'est le but, qu'ils participent.
(ED) - Et du coup ça a une vertu pédagogique aussi : parce que je ne pense pas que beaucoup de monde sache comment on fait réellement un film. Et là, on va leur montrer toutes les faces de conception, chronologiquement ; ils les verront toutes.
Et pour la musique les morceaux qui seront choisis c'est nous qui les choisiront, ensuite ils seront enregistrés en studio : c'est bénéfique aussi pour les groupes. Ils seront rémunérés sur les droits issus de la vente en salle. Au delà de la musique, il y aura un espace pour tout ce qui est graphisme : les gens pourront proposer des affiches pour le film. Et tout ce qui est sculpteurs et artistes graphiques, pourront proposer leurs oeuvres pour qu'on les mette dans le film : des tableaux, ou n'importe quoi, je trouve que c'est...
(JP) - Mais en correspondance avec le scénario, qui sera visible en ligne.
(ED) -C'est nous qui réalisons le film : on fait la direction artistique. On choisi les artistes mais c'est aux qui viennent à nous, et c'est important que les meilleures propositions soient choisies... Mais tout est débattu, on répondra à chacun, on sera en perpétuelle interaction avec tous les internautes, on sera quotidiennement présents sur le site pour dialoguer avec eux.
Il y aura aussi tout le casting qui sera visible aussi : on filme toutes les grandes étapes du casting parce que c'est important, et les gens pourront aussi s'inscrire pour faire de la figuration dans le film.
(JP) - Il y a aussi possibilité d'etre donnateur et ainsi d'avoir son nom au générique !
-I l y a déjà eu d'autres initiatives comme ça ?
(JP) - Oui, entre autres The Urban Tale, un film d'animation en 3D, qui a été fait collaborativement avec plein d'artistes.
Ralamax le produit (sortie : décembre 2007). Stéphane Drouot, le réalisateur, fait partie de Ralamax Prod.
Focus Art-log, Lyon, mai 2007
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*Voir l'article de Wikipedia « Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information »
** "A Story of Healing" sort sous licence libre.
A Story of Healing fut récompensé en 1997 par l’Oscar du meilleur documentaire.
Film documentaire de 33 minutes dans lequel on suit cinq infirmières, quatre anesthésistes et trois chirurgiens esthétiques lors d’une mission bénévole de deux semaines au delta du Mékong au Vietnam est aujourd’hui librement distribué sur Internet sous licence Creative Commons By-nc-nd.
Voir sur le site de Ralamax Prod : http://www.ralamax.net/spip.php?article405

